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On vous appelle pour isoler vos combles : ce qui est interdit, et quoi faire
Isoler pour 1 €, c'est une arnaque ? On m'appelle tous les jours.
Onze heures du matin, un numéro en 09. « Bonjour, je vous appelle dans le cadre du programme d’isolation de votre commune, votre maison a été présélectionnée. » Trois questions sur votre chauffage, l’année de la maison, puis la demande qui devrait tout arrêter : « Pouvez-vous me donner le montant de votre revenu fiscal de référence ? Vous avez votre avis d’imposition sous la main ? »
Ce que cet appel vend n’existe pas, et l’appel lui-même est illégal. Les deux points se démontrent avec des textes, pas avec de la méfiance. Voici ce que dit le script, ce que dit la règle, et ce que vous pouvez faire selon que vous avez raccroché, signé, ou déjà fait faire les travaux.
L’appel est interdit, quoi qu’il propose
Depuis la loi n° 2020-901 du 24 juillet 2020, codifiée à l’article L. 223-1 du code de la consommation, le démarchage téléphonique est interdit pour tout ce qui touche à la rénovation énergétique. La DGCCRF (economie.gouv.fr, mars 2021) le rappelle et sanctionne : l’amende peut atteindre 375 000 €, et une entreprise a été condamnée à 366 930 € à ce titre. Un contrat conclu à la suite d’un tel appel est annulable.
Cela vaut pour l’isolation des combles, des murs, la pompe à chaleur, les panneaux. Peu importe que la voix se présente au nom d’un « programme », d’un « organisme » ou de « votre fournisseur d’énergie » : si vous n’avez pas sollicité l’appel, il n’aurait pas dû avoir lieu. Une entreprise sérieuse le sait et ne prend pas ce risque ; celle qui appelle quand même vous dit déjà quelque chose de sa façon de travailler.
« Pour 1 € », « offert », « pris en charge à 100 % » : ce qui n’existe plus
L’isolation à 1 € a existé. Elle reposait sur une prime bonifiée, le « Coup de pouce isolation », et sur le cumul d’aides d’une époque où les combles perdus ouvraient droit à presque tout. Elle est terminée : plus aucun engagement possible après le 30 juin 2021, derniers chantiers fin 2021, et le ministère date la fin résiduelle du dispositif de juin 2022. L’enquête de la DGCCRF menée en 2019 et 2020 sur ces offres, publiée en mai 2021, a relevé 54 % d’établissements en anomalie et donné lieu à dix procès-verbaux pénaux : plus d’une entreprise contrôlée sur deux.
Ce qui a suivi a fini le travail. MaPrimeRénov’ ne finance plus aucune isolation seule depuis le 1er septembre 2026, en métropole, selon la fiche F35083 de service-public.gouv.fr dans sa version du 1er septembre 2026. Pour des combles seuls, il reste la prime CEE, la TVA à 5,5 %, l’éco-PTZ et d’éventuelles aides locales ; leur détail est dans ce qui reste comme aides en 2026. Aucune de ces aides, ni leur cumul, n’amène un chantier de combles à zéro. Aucun ordre de grandeur relevé, prime CEE comprise, n’y arrive : un reste à charge nul est une promesse, pas un calcul.
Les cinq phrases qui trahissent le script
« Vous êtes éligible. » Éligible à quoi ? La prime CEE n’a pas de condition de revenus, et MaPrimeRénov’ par geste n’existe plus pour l’isolation. Il n’y a donc rien à quoi votre avis d’imposition puisse vous rendre éligible pour des combles seuls. La demande de revenu fiscal sert à autre chose : à qualifier le fichier, ou à préparer un dossier que vous n’avez pas demandé.
« La prime de l’État pour vos combles. » Elle a été supprimée le 1er septembre 2026. Un commercial qui la cite en septembre n’a pas lu le décret, ou compte sur le fait que vous ne l’avez pas lu.
« Un technicien passe demain, dix minutes, pour valider. » La visite technique préalable est obligatoire pour la prime CEE selon la fiche BAR-EN-101 (ministère, version en vigueur depuis 2025), et elle sert à mesurer la surface, à regarder la charpente, l’humidité, la ventilation, les spots. Dix minutes sur le pas de la porte n’est pas une visite technique ; c’est une signature.
« C’est la dernière semaine du programme. » Aucune des aides en vigueur n’a de date limite à la semaine. La seule date qui a compté cette année est le 1er septembre 2026, et elle est passée.
« On s’occupe de tout, vous n’avancez rien. » La prime CEE est versée par un fournisseur d’énergie ou son délégataire et se demande avant la signature du devis. Une entreprise peut la déduire, mais elle doit dire qui la verse et à quelles conditions. « On s’occupe de tout » signifie souvent que vous ne verrez ni la demande, ni le montant, ni le devis complet. Ce que ce devis devrait porter est dans la lecture d’un devis ligne à ligne.
Si vous avez signé après un appel
Le contrat est annulable, parce que l’appel qui l’a précédé était interdit. Écrivez à l’entreprise, en recommandé, pour demander l’annulation en citant l’article L. 223-1 du code de la consommation, et signalez l’entreprise sur SignalConso, la plateforme de signalement de la DGCCRF. Si l’entreprise refuse, le conciliateur de justice est la marche suivante avant tout contentieux.
France Rénov’, le service public de la rénovation, peut aussi vous orienter ; passez par le site france-renov.gouv.fr pour trouver l’espace conseil de votre département. Le numéro de téléphone n’est pas repris ici, faute d’avoir pu le confirmer à la date de cette page.
Si les travaux sont faits et que ça ne va pas
Un cas revient sur les forums presque mot pour mot : « les ouvriers sont partis au bout de deux heures, la laine fait 10 cm ». Deux heures, en soi, ne prouvent rien ; 100 m² soufflés se font en une demi-journée. Les 10 cm, en revanche, prouvent tout. Avec une laine de verre à λ 0,046, 10 cm donnent un R de 2,2 ; le R 7 facturé demandait 31 à 33 cm. Pourquoi le chiffre exige 30 cm est expliqué à part.
Mesurez vous-même, depuis la trappe, en plusieurs points ; la fiche d’autocontrôle AQC / Profeel (mai 2024) prévoit au moins quatre piges graduées pour 100 m². Cherchez la fiche de fin de chantier et les étiquettes de sacs. Photographiez. Une sous-épaisseur facturée en R 7 n’est pas une malfaçon ordinaire : c’est une non-conformité au devis et, si une prime a été demandée sur cette base, une fraude aux aides. La check-list de réception en sept points détaille chaque contrôle et les recours.
Ce que personne ne dit : le prix normal est connu, et il n’est pas de 1 €
Le meilleur antidote à un appel n’est pas la méfiance, c’est un ordre de grandeur. Des combles perdus soufflés se paient, en 2025-2026, entre 20 et 45 € TTC par mètre carré pose comprise selon onze sources croisées, avec un médian de 30 à 35 € ; les fourchettes et les douze postes qui les font varier sont détaillés à part. Un chantier de 100 m² se situe donc, au médian, entre 3 000 et 3 500 € avant aides. Une prime CEE en retire une partie, variable, jamais la totalité. Quand on vous annonce autre chose au téléphone, la question n’est pas de savoir si c’est une bonne affaire ; c’est de savoir ce qui sera soufflé, ou pas, dans votre grenier pour que le compte tombe juste.
Vérifier une entreprise prend deux minutes : son RGE se contrôle sur l’annuaire de france-renov.gouv.fr et sur le jeu de données « Liste des entreprises RGE » de data.gouv.fr. Une carte en couleur sur un devis n’est pas une qualification.
Raccrochez, et quand vous saurez quoi demander, demandez un devis à une entreprise que vous aurez choisie vous-même.
Quand vous saurez quoi demander, demandez des devis avec ce que cette page vous a appris : le R visé, l'épaisseur installée, la référence ACERMI, la surface.
- DGCCRF, interdiction du démarchage téléphonique en rénovation énergétique (loi n° 2020-901 du 24 juillet 2020) (2021-03-19)
- DGCCRF, bilan de l'enquête sur les offres à 1 € (2021-05-20)
- SignalConso, plateforme de signalement de la DGCCRF (2026-09-15)
- Annuaire des entreprises RGE, France Rénov' (2026-09-15)
- MaPrimeRénov', service-public.gouv.fr F35083 (2026-09-01)